Le bon vieux bouc émissaire a de l’avenir

Publié le par GC

La fiscalisation des indemnités d'accidents du travail

Proposée par M Marini, appuyée par M Coppée en tant que président de l'UMP et soutenue par M Sarkosy en tant que président de la France (je n'arrive pas à dire des français) cette loi sent le bouc à plein nez avec tout ce que cela réveille de mauvais souvenirs. On croirait entendre les propriétaires terriens anglais pendant le génocide de leurs fermiers Irlandais.

Certes, il est inadmissible, tout à fait insupportable, que certains, prétextant des maux invérifiables, se trouvent avec la complicité de médecins en arrêt de maladie pendant de longs mois et qu'ils voient ainsi par le biais d'une imposition sur le revenu plus faible leur pouvoir d'achat augmenté en ne travaillant pas. C'est odieux même s'il y a pas mal de riches parasites qui ne travaillent pas non plus.

Mais ceux qui sont réellement accidentés, ceux qui sont réellement blessés, fallait-il vraiment leur faire subir un taux de 50% sur des revenus déjà frappés d'impossible compensation de leurs maux ?

Fallait-il, parce que le système est imparfait, et que certains en profitent, pénaliser tous les concernés ; le grand nombre des vrais accidentés, comme le petit nombre des faux accidentés ?

Car ceux qui ont des accidents sont souvent de bons travailleurs, zélés, consciencieux, dévoués, disciplinés, obéissants. Pétris de devoir, ayant inconsciemment complètement intériorisé les attentes « productiviste » de leurs chefs, ils prennent des risques sans même s'en rendre compte ; parce que c'est le métier ; l'habitude ; parce que même s'ils disent parfois le contraire, c'est ce que les chefs attendent.

Car l'attitude perverse consistant à dire qu'on veut absolument la sécurité, qu'on s'engage, qu'on est prêt à tout avec parallèlement des systèmes insuffisants, des moyens inexistants, des équipements inexploitables, des décisions, des actes, des appréciations qui prouvent au contraire que seuls la production, la qualité, la rentabilité, l'impunité juridique comptent.

Ces attitudes perverses ne sont pas seulement courantes dans les entreprises; elles sont fréquentes. En fait, depuis qu'avec la maturité industrielle l'accident est devenu une faute d'organisation de management, d'équipement ou de comportements et non plus une fatalité, ces attitudes perverses sont devenues légion. Mais cela on s'est bien gardé de le faire savoir aux braves députés qui écoutent des patrons sérieux. Peut-être, maintenant que le ridicule ne tue plus, qu'on pourrait réfléchir à une loi qui majorerait le taux d'imposition des entreprises qui pratiquent la perversité mesurée un écart actes discours trop grand ? Une belle source de revenu fiscal en perspective !

On a beau jeu dès lors qu'on a placé les ouvriers dans ces conditions vicieuses, de les accuser lorsque survient l'accident (forcément rare puisque c'est un accident) de n'avoir pas fait attention, de s'être précipité…bref d'appliquer la « théorie du con » laquelle permet efficacement de charger le bouc émissaire accidenté pour se défausser moralement, juridiquement et matériellement (tant qu'à faire soyons cohérent et allons jusqu'au bout) de toute responsabilité.

Dans cette situation, finalement le tire au flanc qui triche en prétextant un faux accident, apparaît comme le reflet en miroir de cette politique patronale et managériale à la fois navrante et si courante : « une réponse du berger à la bergère» en somme. Le tire au flanc qui triche ainsi fait finalement figure d'intelligent dans le décor, car à la différence de l'accidenté réel, il a bien compris lui à quel jeu il avait à faire. Il reste tout de même une différence de taille. Les tire-au-flanc sont rares tandis que les politiques sécurité perverses par incohérence actes discours sont légion. Je ne vais pas (sans doute un vieux réflexe imprégné de moraline) jusqu'à souhaiter que tous les ouvriers soient aussi pervers que les DRH de ces entreprises, car je crois plus utile d'alimenter les revenus de l'état à partir de l'immoralité de certains dirigeant; mais est-ce que cela, au fond, ne serait pas une néanmoins une forme de monnaie de la pièce ? une forme de justice ?

Inconsciemment souvent, involontairement toujours, on prête aux autres ses propres raisonnements. Pas étonnant dès lors, qu'imprégnée de cette perversité dans la politique sécurité, la droite patronale et ses associés pourtant élus du peuple, ait voté comme un seul homme, à l'assemblée et au sénat, avec l'idée reçue que tous les accidentés étaient des tire au flanc. Dans un raisonnement a contrario cette belle unanimité apparaît comme un aveu de la perversité des raisonnements et des politiques sécurité de nombreuses entreprises !

Mais pourquoi cette mesquine animosité à l'endroit de malheureux accidentés ? Une rodomontade pour vérifier sa force ? L'occupation du terrain médiatique dans le grand cirque politico médiatique ? Je crois que ce fait d'hiver traduit un mouvement plus profond. La droite patronale, celle qui fait voter ce genre de loi, se cherche des responsables pour justifier son manque de réussite économique. Elle se cherche un ennemi pour se refaire le moral. Parce qu'il est exsangue, l'ennemi traditionnel : le syndicat n'est même plus un bon bouc émissaire de son manque de réussite. Parce qu'il est éculé et grossièrement inadapté avec la précarité le thème des charges patronales écrasantes ne tient plus. Alors il lui en faut un nouveau, un plus plausible, un qu'on n'avait pas vu : j'ai nommé l'accidenté réel ou supposé mais toujours chargé pour les besoins de son efficacité, de ce H1N1 qu'on appelait autrefois paresse.

Mais enfin, ne voit-elle donc pas, cette droite patronale que c'est par les conditions de concurrences qu'elle a elle-même glorifiées, et par là exacerbées, que c'est par les frontières qu'elle a fait trop largement ouvrir sur la guerre économique, que c'est par son manque d'initiative, d'ambition de courage, de cohérence sur le terrain qu'elle a elle-même, et plusieurs fois introduit le loup dans sa propre bergerie ? N'a-t-elle pas encore compris que selon l'expression de Ford il faut que ses ouvriers soient bien payés pour qu'ils puissent acheter « leurs voitures » (y compris par des arrêts de travail bien indemnisés)

Ne voit-elle pas que ce n'est pas en matraquant généreusement le faible pourcentage des accidentés, victimes de leur devoir pour la quasi-totalité d'entre eux, tous évidemment membres de cette population française qui rame (pour l'ensemble du pays), qu'elle mettra la population qui se pâme, la population qui brame et la population du drame, au travail ?

Si nos affaires françaises et européennes vont mal, c'est certainement parce que nous nous laissons imposer un modèle libéral dérégulé, c'est aussi parce que même après Keynes nous gérons encore l'économie avec des réflexes masochistes religieux, c'est encore parce nous n'avons pas compris les bouleversements apportés par l'océan de richesse que nous construisons à force de travail forcené « d'un quart » mais c'est aussi et surtout parce que les trois quart d'entre-nous ne travaillent pas vraiment, pas efficacement, pas dans l'intérêt collectif.

Est-ce que députés et sénateurs plutôt qu'à matraquer de pauvres types à l'image de certains agents de police mal dirigés, plutôt que de se ridiculiser en stigmatisant des catégories économiquement insignifiantes, ne pourraient avoir le courage d'affronter dans l'intérêt du pays ceux-là qui ne travaillent pas de leurs électeurs? Faut-il aller jusqu'à souhaiter que les députés et sénateurs, tous membres des français qui se pâment et alliés des français qui brament, sur le dos des français qui rament, accepter de passer de temps à autre dans la catégorie des français qui rament pour comprendre ce qu'est le traitement sain des problèmes, le rassemblement d'un peuple par l'exemple de la probité, la dynamique par la justice en actes et finalement la priorité donnée aux vrais problèmes ?

Hans Lejarec

Publié dans politique

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