Bravo les tunisiens

Publié le par Hans Lejarec

C'était il y a trois ou quatre ans. J'avais beaucoup aimé mes missions professionnelles en Tunisie. Pour une même multinationale cliente, j'y étais beaucoup mieux reçu qu'en France, mieux considéré et les relations étaient beaucoup plus chaleureuses. On savait encore y vivre et la hiérarchie assumait ses droits et ses devoirs d'encadrement.

Tunis, c'était la première fois que, cherchant un restaurant le soir dans le souk désert, j'avais été rapidement abordé par un inconnu, puis aimablement accompagné jusqu'à une bonne adresse par ce guide improvisé et zélé ; et qui me faisait en prime la conversation. J'avais trouvé la police mieux éduquée, plus serviable et pour tout dire plus utile qu'en France !

Alors bien sûr, il y avait cette feuille de chou, flattant le pouvoir de manière indécente et rapportant les moindre faits et gestes du dieu-président. Je n'avais pu parcourir que quelques lignes et quelques titres avant de mettre le journal sur le siège voisin de l'avion. Au retour, j'avais conclu de cela, ajouté à une surveillance aéroportuaire d'entrée digne des Etats Unis, qu'il s'agissait d'une dictature qui savait se faire relativement discrète pour les étrangers.

Mais j'avais aussi vu la création d'infrastructures, les appels à des partenariats de mes interlocuteurs, leur compétence, leur avidité à saisir les évolutions du monde et les différences de cultures, et la satisfaction réelle ou affectée des gens rencontrés bref les manifestations d'une dynamique de progrès. J'en avais conclu que le président bien que dictateur, travaillait dans l'intérêt de la Tunisie.

Personne ne m'avait parlé des « prélèvements » de la famille du président ; pas un mot sur la corruption. D'ailleurs l'aurais-je écouté quand on voit comment les fonctionnaires français, en particulier les « hauts » se sucrent d'une manière ou d'une autre « aux frais de la princesse » (par Yvan Stefanovich aux éditions nouveau monde). C'est donc avec surprise que j'ai entendu distraitement l'annonce des émeutes. Les craquements successifs de la crise entamée il y a 20 ans n'avaient pas vraiment ralenti le développement.

Bravo les tunisiens. Vous venez de faire ce que les français ont fait en 1789 et qu'ils devraient refaire maintenant au lieu de pleurnicher pour l'âge de la retraite…. Bravo aux militaires tunisiens aussi qui ont apparemment à la fois mis le président gênant et sa clique en douceur dans l'avion et qui surtout ont déjoué l'ignoble montage de déstabilisation.

Honte à cette police à la solde du pouvoir ! Qu'il soit corrompu comme en Tunisie ou veule, incompétent et parasitique comme en France. Ah , les collabos sont toujours là – près du pouvoir – bien rassemblés par l'homothétie de leur petit pouvoir sur l'autre à l'image du grand pouvoir qui les emploie ; prêts à flasher comme à tuer ou à torturer pourvu que ce soit présenté comme une bonne cause... J'ai obéi aux ordres diront-ils plus tard.

Bravo à Sihem Souid qui a osé au prix de rétorsions sur sa carrière et de persécutions personnelles, montrer cette face sombre de la police avec son livre omerta dans la police. Moi aussi j'ai été persécuté quand j'ai montré la face sombre d'une entreprise française. Harcèlement moral. Il paraît qu'il y en a aussi dans la police ; notamment à Tours…. Achetez tous son livre – même si vous n'avez aucune intention de le lire – faites cet effort juste pour la soutenir car c'est une héroïne moderne; une vraie ; une héroïne comme ces jeunes tunisiens qui ont osé ; ils ont osé avec leurs tripes, avec leur cœur, avec le sentiment unitaire d'un nationalisme sain. Ils ont osés ensemble mais seuls, sans les militaires, contre la police, sans intellectuels, sans les bourgeois ; sans les gouvernements occidentaux, France en tête, avec leurs émotions et tout au plus quelques avocats. Chapeau !

Parfois je me dis qu'il nous faudrait plus d'immigration, plus de français venus d'ailleurs, car aucune société ne peut durablement fonctionner avec des parasites et des veules. Machiavel le disait déjà au prince. Pour que les choses marchent droit il faut de l'intégrité ; au plus haut niveau pour que cela se répercute tout au long de la chaine du pouvoir. Le général de Gaulle l'avait bien compris.

Et c'est cela maintenant, peuple tunisien qui te menace. Attention, fais très attention car c'est maintenant seulement qu'arrive la partie la plus difficile ; la deuxième manche  celle qui te donne ou pas la victoire. Ce ne sont plus des balles qui te menacent ; c'est un invisible et diffus poison. Le poison des profiteurs qui t'étouffera comme il a étouffé l'union soviétique plus sûrement que le communisme. En France, et probablement en europe continentale ouest, nous étouffons aussi. Nous avons les politiques, les hauts fonctionnaires, bon nombre d'administratifs étatiques ou paraétatiques qui vivent grassement aux frais de la princesse. Ils laissent les financiers et capitalistes de tous poils saigner le peuple à coup de concurrence illimitée et contribuent directement et indirectement à détruire non pas seulement les acquis sociaux mais les liens sociétaux à coup de principes idéologiques délétères. Leur responsabilité sociétale est écrasante, accablante et ils continuent à se distribuer les prébendes pendant que la bateau coule. Cette France qui se pâme continue à acheter la paix sociale avec la France qui brame sur le dos de la France qui rame et sous les yeux indifférents de la France du drame.

Ne laisse pas faire cela peuple de Tunisie ! Toi qui a su éviter les sirènes de l'obscurantisme religieux, reste soudé et profondément démocratique devant ce suave péril qui te menace plus gravement que les canons : Vous faire tondre la laine sur le dos comme des moutons par une myriade de profiteurs tous plus cyniques, veules et intéressés les uns que les autres. Cela revient à remplacer une famille par des corps constitués mais le résultat est le même ; pire encore car l'immobilisme se substituerait au dynamisme.

Peuple tunisien, tu as pris le pouvoir ; eh bien garde le maintenant. Ne laisse pas ceux qui n'ont pas combattu prendre ce pouvoir en jachère. N'accepte pour te diriger que des courageux c'est-à-dire des gens qui se sont heurté à l'ancien pouvoir au prix de leur carrière, de leur exil, de leur trajectoire ou de leur qualité de vie ; ceux-là seuls qui ont risqué leur trajectoire de vie pour leurs idées ; pour leur pays ; pour toi. Ce sont ceux-là et ceux-là seuls qui doivent recevoir ta confiance. Ils ne sont pas si nombreux mais choisis les jeunes ou vieux mais toujours enthousiastes, intelligents et courageux ; évince tous les chevaux de retour et appuie toi sur les militaires en place qui, depuis le début, n'ont pas fait de faute et sont restés loyaux au pays.

Ne te drape pas dans une idéologie mais fais comme la chine. Utilise les mécanismes économiques même délétères pour enrichir les plus capables tant qu'ils assurent reconnaissants l'enrichissement collectif du pays par son développement dans l'intérêt général.

Derrière mes structures républicaines poussives, et mes médias nombrilistes et asservis, je regarde avec envie ton aventure admirable. Je te souhaite qu'elle réussisse ; qu'elle vous réussisse à tous les tunisiens mais au fond de moi j'espère aussi que peut-être ta vague de courage et d'espoir servira d'exemple aux français, sans doute encore trop bien nourris et chauffés, certainement trop insensibles au malheur de nombre de leurs concitoyens, à bousculer encore une fois, comme en 1789 et une bonne fois pour toutes, les traitres qui les gouvernent, l'administration qui l'étouffe et l'idéologie qui le saigne.

Publié dans politique

Commenter cet article