Formidable peuple tunisien : montre son chemin au monde !

Publié le par Hans Lejarec

Ce qui donne profondément de la vitalité à un pays, c'est d'abord sa cohésion. L'union fait la force. Cette condition le peuple tunisien, à la différence de la France, l'a. Il est uni, solidaire courageux mais il ne le resterait pas longtemps s'il tolérait que les anciens collaborateurs du dictateur restent. Ce n'est pas tellement parce que ces serviteurs professionnels et sans âmes du pouvoir ne retourneraient pas vraiment leur veste et ne serviraient pas à peu près loyalement un pouvoir plus démocratique. La traitrise dans ces moments incertains est toujours possible mais elle n'est pas le principal risque. Non, le principal risque, c'est qu'ils se servent le pouvoir par veulerie et reproduiraient immanquablement les mécanismes anciens ; et cela il ne le faut à aucun prix car tout recommencerait comme avant ; sous une apparence différente naturellement.

Le peuple tunisien a donc raison de ne pas vouloir de son nouveau gouvernement. Même s'il invoque le passé plutôt que l'avenir comme raison sa conclusion à l'intuition est juste.

Et que contient ce « tout » dans le risque de recommencement ? Essentiellement deux choses :

  1. D'abord le fait de se servir soi quand on dirige ou qu'on administre sans se soucier des conséquences générales. Les mêmes se serviraient encore eux d'abord. Dès le vent du boulet passé, ils continueraient de penser à leur profit personnel ; non plus avec les miettes du prince mais « aux frais de la princesse » comme l'on dit en France ; et comme le pratiquent si bien des milliers d'apparatchiks français (lire Yvan Stefanovitch). Cette situation conduit rapidement au manque de dynamisme, au développement du parasitisme par l'imitation des chefs de niveaux en niveaux, à l'immobilisme du pays et finalement à une maigre partie des forces musculaires qui travaillent dur pour une grande et grasse partie aussi graisseuse que paresseuse. (il faudrait ensuite, selon une expression célèbre mais Oh combien pertinente dégraisser le Mamouth !....et il résiste…)
  2. Ensuite les tunisiens, comme nous tous, révolution ou pas, se trouvaient déjà, se trouvent encore, et seront toujours placés dans un système économique mondial. Ce système économique en est à sa quatrième crise de croissance depuis le début de l'ère industrielle il y a 2 siècles. Le paroxysme du dérèglement est toujours le même : la concentration des richesses, l'augmentation des disparités avec la désunion sociale qui s'en suit. Cette révolution en est un exemple. Il n'y a que trois différences avec les crises passées : les raids spéculatifs des grands organismes financiers et l'éducation des peuples et la rapidité de communication par internet.

Le peuple tunisien doit donc résoudre ces deux problèmes  de gouvernance et de cap d'un coup : se faire gouverner par des gens désintéressés dans l'intérêt général sans apriori et, s'il veut faire vibrer son économie, exploser ses niveaux de vie… veiller à maintenir une juste répartition des richesses entre travail, capital, entreprise et infrastructures.

Il en est capable. L'entrepreneur énergique confronté à des structures amorties et des raisonnements conventionnels que je suis en France, se retrouve bousculé, comme s'il était lui-même amorti quand il entend l'enthousiasme à entreprendre, la confiance dans le développement, et quand il voit l'ouverture pragmatique des esprits ? (au lieu de dire c'est compliqué… ou d'étiqueter dogmatiquement « socialiste » toute idée de régulation des différences, de restitution des richesses à l'état (et donc aux infrastructures), ou toute velléité de mise en commun des infrastructures matérielles et sociales ou de manipuler par associations hâtives « communisme » = « totalitarisme » … comme si souvent dans les controverses françaises sous l'influence de la propagande du Figaro, de BFM entretenant l'idéologie Reaganienne, Thatcherinenne, Sarkosienne...bref les intérêts des dirigeants de Goldman Sachs et consors.

Mais si le peuple en est capable de choisir pragmatiquement son équilibre, ce qu'il lui manque aujourd'hui, c'est un chef. Un chef assez courageux et confiant pour se déclarer et, avec l'assentiment de la rue, s'imposer. Un chef intègre et désintéressé qui ait démontré par ses engagements qu'il croit aux vertus de l'intégrité généralisée et à celles de la primauté de l'intérêt général sur les intérêts particuliers.

Ce pourrait-être un intellectuel mais aussi un artiste car les artistes sont souvent désintéressés matériellement. Ils sentent mieux dans les temps perturbés et compliqués comment canaliser les émotions d'un peuple. Les artistes n'hésitent pas à changer vraiment les choses. Les artistes sont rarement dogmatiques. Mais les artistes manquent de savoir-faire politique, de connaissance des problèmes et pour cela il faut garder en deuxième rang les anciens de l'armée et de la police. La police sous le contrôle de l'armée qui s'est montrée avisée et bienveillante et qui aurait pu mais ne s'est pas déclarée comme chef. Les militaires pourtant savent ce qu'est un chef. S'ils ne le font pas c'est parce qu'ils ont choisi d'enfanter et une démocratie et c'est tout à leur honneur. On peut donc à la fois leur faire confiance et faire confiance à leur connaissance du terrain et leur savoir-faire pour compléter les lacunes d'un président novice du pouvoir.

Quant à la solution pour relancer la Tunisie comme d'autres pays, elle est simple et malgré le régime démocratique doit être mené avec autorité ; la encore en s'appuyant sur la force conférée par le peuple :

  1. régulation des importations et exportations par les taxes basées sur les différences de niveaux sociétaux et environnementaux avec les équivalents dans les pays d'échange,
  2. contrôle des prix par l'état et doublement,
  3. Contrôle des revenus du travail par l'état et triplement des mêmes revenus du travail,
  4. Mise sous tutelles de toutes les formes de spéculations financières
  5. Investissements (et surtout éviter le FMI !)

Vive la révolution de jasmin, vive la nouvelle Tunisie

Publié dans politique

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