Grande distribution : l’hypocrisie du développement durable

Publié le par Hans Lejarec

La lecture de l'article de Novethic.fr écrit par Cédric Morin, le discours de Carrefour par la voix de sa directrice du développement durable me confirme dans cette lancinante impression qu'on se sert du développement durable pour dorer son image. Ce n'est même plus du green washing, c'est du gold plating ! http://www.novethic.fr/novethic/entreprises/politique_developpement_durable/strategie/carrefour_actualise_sa_politique_rse/132980.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok>

C'est la première fois que prends ce petit journal sympathique en défaut de compromission mais ce n'est pas la première fois que les services communications des entreprises, ayant identifié une cible médiatique intéressante (ici parce que montante) l'utilisent pour vanter leur image.

Moi, depuis quelques temps, j'achète à l'épicier de mon quartier qui comme moi, lutte pour survivre. Lui c'est un paysage commercial écrasé par une forme de distribution désocialisante et environnementalement coûteuse. Moi c'est dans un paysage industriel dévasté que je tente de vendre quelques navets !

J'avais rencontré un ancien directeur de site industriel qui me disait qu'il n'allait plus au super/hyper-marché depuis environ 10 ans. Il avait été écœuré par la pression mise par les distributeurs sur le prix de vente de ses produits ; pression qui l'avait obligé à fermer l'usine. Ca c'est du développement durable ! Ce que j'aurais aimé lire dans un journal qui vante Carrefour c'est que Carrefour avait décidé de rompre avec cette logique.

Mais on peut en douter quand on lit : «  dans le but d'harmoniser vers le haut les engagements des donneurs d'ordre en RSE » puis « L'objectif est d'éviter une forme de concurrence déloyale entre les enseignes les plus avancées en matière de RSE et celles qui n'auraient aucun engagement. » Il est permis de penser que malgré les bonnes intentions affichés, l'organisation de ce genre de chose est en fait une entente sur les prix d'achats qui aboutira à ce qu'aucun producteur ne trouvera de salut auprès d'un autre distributeur quand il refusera d'appliquer les baisses exigées par les distributeurs.

La mise en place de « comités éthiques au niveau groupe et au niveau des pays regroupant notamment les ressources humaines, le service juridique et le management. » Et les acheteurs ?!! et le marketing ? En Chine les industriels craignent plus les négociations avec les acheteurs de Carrefour qu'avec les acheteurs américains c'est dire ! Peut-être que les américains première puissance mondiale peuvent se permettre de creuser le déficit de leur commerce extérieur en tenant les Chinois à la pointe de leur épé ; mais pas ; cela ne correspond pas à nos valeurs républicaines. Pourquoi ne pas chercher des achats locaux ? Pourquoi faire du béton juridiques et du vent social quand il faudrait contribuer à revitaliser notre économie ?

Il y a tout lieu de s'inquiéter quand on lit plus loin : « En l'absence de cadre international, seul le volontarisme des acteurs permet de faire évoluer le fonctionnement commun. » Et pourquoi cette position ? Pourquoi ne pas dire, Carrefour avec l'organisation des distributeurs fait pression sur les gouvernements pour que s'établissent des règles de commerce international en harmonie avec les concepts du développement durable et sous leurs contrôle.

Aucune entité commerciale ou industrielle privée, encore moins une troupe de ces mastodontes n'a le droit, fusse au prétexte d'un constat de carence, le droit de se substituer à ce qui doit résulter d'un processus démocratique. Si le distributeur avait vraiment une politique de développement durable, il aurait compris qu'il doit renforcer les droits des peuples et des états et non se les arroger à leur place ; en se donnant le beau rôle qui plus est !

Le mal ne se présente jamais sous les traits du mal, toujours sous les traits du bien ; mais il reste le mal tout de même. Ici on assiste au plus pur style de la bête qui se fait passer pour l'ange. Du loup derrière la porte de la grand-mère dévorée du petit chaperon rouge ! pur jus !

J'ai presque sorti mon mouchoir lorsque j'ai lu « la distribution française a un taux de rentabilité faible, bien en dessous de la majorité des secteurs économiques » Evidemment quand on est dans une crise de surproduction et de sous achat qui exige des rentabilités de 15% et lamine toute la société pour l'enrichissement de quelques-uns. Dans les 20 premières fortunes mondiales il doit y avoir pas moins de 5 héritiers Wall Mart. Moi pas de pôt j'ai pas hérité ; et nous sommes nombreux dans ce cas. Dans ces conditions plus que jamais, aux pays des aveugles les borgnes sont rois ! Pendant que les gens crèvent de faim à la porte des supermarchés débordants de déchets comestibles. Ces petits tout petits bénéfices, pourquoi ne pas les redistribuer aux employés, aux employés des producteurs  et en garder juste assez pour les investissements et une peite pub annonçant un vrai changement DD ?

Mais jusqu'où donc iront le culot mâtiné l'aveuglement destiné à perpétuer un système devenu aussi injuste parce que surexploité, si même dans la bouche de la directrice du développement durable sont implicitement cautionnés les excès, même relatifs des pratiques des actionnaires ?

Véronique, dites-le à Lars lors de la prochaine messe petits fours : ce n'est pas une distribution au service de la finance qui est digne du développement durable, c'est une distribution au service des états, des peuples, des individus et de l'environnement. Et malgré les trompe-l'œil, dans la réalité, il y a encore loin de la coupe aux lèvres !

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