Les enjeux et les apparences

Publié le par Hans Lejarec

Les choses ne sont pas ce dont elles ont l'apparence. Comme l'explique Jean-François Deniau dans « le bureau des secrets perdus » Dreyfuss trahissait en apparence, alors qu'en réalité il était en service commandé. A la guerre suivante, l'attaque de Pearl Harbour n'avait pas échappé aux militaires américains. Ils ont laissé faire, ce qui a déclenché un tollé médiatique épousant ou stimulant un réflexe patriotique, ce qui forcé ou légitimé la décision d'entrée en guerre par le président Roosevelt. La guerre du Viet-Nam a commencé par le prétendu torpillage d'un destroyer en mer de chine qui rendait l'envoi de troupes supplémentaires impératif et forçait la décision du président Kennedy…. Dans la dernière croisade moderne, celle contre le terrorisme islamiste forgé à partir de rien avec constance par les services secrets américains, il en a été de même. Les services secrets américains ont laissé des fanatiques s'entrainer sur leur sol, ils se sont assurés que leur coup allait marcher. Ainsi sous les yeux d'un monde choqué par la chute d'un symbole du capitalisme consumériste triomphant auquel il sacrifie tous les jours, il devenait sinon indispensable au moins légitime d'engager les guerres d'Irak et d'Afghanistan. Le seul avantage que j'y vois c'est que la Lybie voyait un cargo rempli de centrifugeuses arraisonné et, devant la peur de subir le même sort que l'Irak, acceptait une normalisation des relations internationales dont on connaît le prix de l'humiliation en France et la réponse du berger Sarkozy à la bergère Kadhafi via l'ONU en ce moment.

Ainsi se manipulent et se marchandent les enjeux géostratégiques et le nombre des victimes n'ont que peu d'importance à cette échelle. « Une nuit à Paris réparera tout cela » aurait dit Napoléon contemplant les morts sur un champ de bataille. « En Chine, que sont quelques milliers de morts » aurait déclaré Deng Xiaoping après le massacre de la place Tian An Men. Jusqu'au grand Churchill qui a laissé bombarder Coventry par les allemands avec 50 000 morts à la clé, pour que les nazis ne se doutent pas du décodage de leurs messages secrets et que l'on puisse vérifier l'efficacité du leurre sur le débarquement sur les plages du nord, préservant les chances celui de Normandie.

Pourquoi, dans la guerre économique d'aujourd'hui en irait-il autrement ? Avant lui, le Fonds Monétaire International n'était qu'un instrument de mise sous tutelle des richesses et de destruction des peuples sous couvert tirer les nations d'embarras. Pas un pays en voie de développement ne s'était jamais relevé des purges du FMI et la culpabilité de M Camdessus dans son zèle à exercer ces pressions devrait lui valoir l'échafaud après passage devant le tribunal pénal international entre deux despotes africains plutôt que de luxueux appartements payés par la Banque de France ou par la trop grande générosité de la république à l'endroit de ses/ces hauts fonctionnaires traitres sinon à leur patrie du moins à leurs concitoyens.

M Strauss-Kahn, on le lit dans la lettre de démission en avait fait un instrument d'amortissement des douleurs et de propagation de la paix. On voit qu'il avait été attaqué par des réductions de budgets qui l'ont obligé à des coupes sombres. On mesure la sincérité de son engagement dans la consigne de poursuivre dans le même sens et donc implicitement de résister à un sens contraire qu'il donne à des fonctionnaires orphelins mais toujours foncièrement acquis à cette politique. Une vraie bombe à retardement pour le successeur s'il s'avérait foncièrement plus capitaliste que socialiste; qu'il soit communiste pseudo chinois ou libéral pseudo américain.

La Banque de Marc Roche, illustre très bien comment Goldman Sachs mène la danse financière la main dans la main avec les secrétaires au trésor. La possibilité d'un travail de concert avec les services secrets américains pour monter un bateau ne fait aucun doute ; et il n'est pas nécessaire que l'ordre ait été donné par le président Obama ; ni même que le président Sarkozy ait eu à lui demander « un petit service ».

Donc il faut dépasser le puritanisme et même dépasser l'émotionnel qui fait trop souvent et trop vite dire aux dames d'aujourd'hui, et pas seulement aux américaines, qu'un homme trop entreprenant, et probablement trop habitué à ce qu'on lui cède, est un « malade ». C'est un hochet bruyant et visible qu'on agite sous le nez d'un enfant ; comme l'histoire de la prime de Sarkozy pendant que subrepticement, en l'absence de toute démocratie, on enlève les panneaux d'avertissement des radars. Ces maladies de président en direct ou par premier ministre interposé sont autrement plus graves.

Mais revenons à nos moutons  avec la bonne question qui a fait ses preuves : à qui profite le crime ?

Pas à la plaignante, pas à l'accusé, c'est sûr. Tous deux ne me semblent que des instruments d'un cocktail potentiellement détonnant ; comme deux substances qui réagiraient l'une avec l'autre par simple mise en présence.

Le crime profite d'abord aux puritains Anglo saxons qui continuent d'asseoir leur domination sur la frêle exception culturelle française en promouvant à grand renfort de médias leur fantasme idiot et dangereux de transparence totale, leur hypocrisie sexuelle, leur juridisme exacerbé paralysant et surtout leur goût immodéré du profit en toutes circonstances, fusse au prix d'une justice égalitaire en apparence mais en réalité hyper favorable aux riches. Dominique Wolton, disait dans une émission de Frédéric Tadei qu'il nous fallait mieux écouter les différences culturelles rendues sensibles par le rétrécissement apparent de la planète ; il a raison. Le grand enjeu est là : notre droit à une culture différente, à une pensée autonome, à un journalisme de discernement, à la mise en perspective de la morale face aux enjeux stratégiques….bref à la persistance d'un îlot d'intelligence mature forgé par des siècles de heurts, dans un océan de bêtise et d'excès d'une « civilisation » encore juvénile avec ses crises d'adolescence. Ils peuvent bien dénigrer la vielle Europe ces jeunes cons ! N'empêche que Gérard fume de hachich avec les bitnick tandis que pour son père le pinard ça devrait être obligatoire…. ! et que pour l'un comme pour l'autre « pour s'apercevoir que l'on n'est pas intelligent, il faudrait l'être » comme chantait Brassens.

Mais le crime profit ensuite, et surtout à court terme, aux milieux financiers anglo-saxons. Je suis convaincu que les milieux financiers américains, bancaires ou gouvernementaux, ne vivent pas la faillite virtuelle de leur état et la peur de la faillite réelle si bien que cela. Ils savent qu'ils n'ont plus la suprématie de la monnaie de référence pour bien longtemps à l'échelle de l'histoire. Ils savent qu'avec cette perte se perdra aussi la suprématie militaire qui garantit le tout par l'éventuel recours à la force. Alors, ils attaquent et en bons capitalistes font du profit au travers d'activités stratégiques. Plus en faillite que la Grèce ou l'Irlande, ils profitent de leurs dernière forcent et du système branlant encore debout pour spéculer contre l'Europe. Ils s'attaquant aux plus faibles à la faveur de failles consenties par Mitterrand pour l'unification à la va vite de l'Europe par la monnaie, laquelle était rendue nécessaire par l'unification de l'Allemagne (CF Jean-Pierre Chevènement – La France est-elle finie ?) mais surtout orchestré par cet autre traitre à son peuple qu'est cet ancien inspecteur des finances et ancien président français Giscard-d'Estaing dont le ficelage de la gouvernance de l'Europe en échange de sa mise à la merci des riches avait été si bien refusé par les Non au dernier vote.

Or nous avions pour mener la lutte un trio de choc : Trichet, Lagarde, Straus-Kahn qui fait honneur à la France et à son système scolaire ; sans oublier, et il faut leur rendre hommage, les ministres des finances allemands et anglais. Alors voilà, sous un prétexte émotionnel très choquant c'est toute cette position de force, tout cet enjeu que la finance américaine, pour son compte, et sans doute aussi par sauve qui peut financiaro-systémique et idéologico-patriotique, attaque.

Camarades citoyennes et citoyens, françaises français, ne vous laissez pas prendre à ce jeu de la morale et de la pseudo-démocratie que vous sert complaisamment la faiblesse du chat et la rouerie de ceux qui ont mis la souris entre ses pattes. Je m'interroge d'ailleurs sur cette haute protection dont est entourée la dame. Aurait-on peur par hasard qu'elle révèle comment et pourquoi elle a été mise en présence du directeur du FMI ? Aurait-on peur qu'elle craque devant les questions des journalistes ? qu'elle se contredise dans les détails ? qu'on s'aperçoive trop vite qu'il s'agit d'un pétard mouillé qui a mal explosé parce que la dame n'est pas une pro des sces secret  ?

La pauvre, l'humble, l'émigrée, la faible mérite d'être respectée par tous parce qu'elle est un individu. Le riche, le fort, même habitué à dominer doit donner l'exemple en la matière. Les temps nobles puis bourgeois doivent changer et l'absence de respect, s'il est prouvé, doit être réparé à hauteur de l'exemplarité et des différences.

Mais de même que les lois de la physique classique cèdent la place aux lois de la physique quantique à l'échelle atomique, cette réparation doit rester à l'échelle individuelle et se compter en indemnisation par l'éventuel coupable de la plaignante à la hauteur qu'on jugera bon. Mais en aucun cas il ne faut changer d'échelle en faisant l'amalgame de la faute personnelle avec la faute professionnelle, en aucun cas il n'est juste de passer de l'échelle individuelle à l'échelle stratégique en faisant tomber, aux Etats-Unis d'Amérique du Nord, l'un des piliers de l'intérêt général Européen et du socialisme mondial. A l'heure où la justice française remet en liberté tous les jours toutes sortes de petits délinquants, éventuellement pour des faits plus graves, il n'y a pas de raison, là non plus que le traitement soit différent. D'ailleurs pour être sûr que la justice soit bien faite, on pourrait demander à ce que Dominique Straus-Kahn soit jugé en France.

Je n'avais pas l'intention de voter pour lui parce qu'il n'est pas à mes yeux assez représentatif du peuple et qu'il n'incarne pas la rupture idéologique nécessaire à nous éviter le désastre qui s'annonce. Mais pourtant, il faut que Dominique Straus-Kahn revienne au premier plan, voire même soit réhabilité à la tête du FMI, par le fait de sa valeur soit mesurée à l'aune de son action professionnelle.

« Comment peut-on faire confiance à un pays qui assassine son président et lit Mickey ? » aurait dit notre « Grand-Charles » national après l'assassinat de Kennedy. Celui-ci est plus fin comme assassinat mais néanmoins très efficace si on se limite aux apparences.

Mais s'il apparaissait que des services secret sont à l'origine du coup alors le crime ne serait pas celui qu'on croit.

L'expérience a montré lors de l'invasion allemande de 1939 que, même en France, on était prêt à abandonner le pays et sacrifier beaucoup de juifs pour empêcher ce socialisme humaniste, qu'on qualifiait de bolchévisme, de prendre le pas sur le capitalisme aux parfums délétère d'alors.

Quand se décidera-t-on à mettre sur la sellette et à faire payer ceux à qui profitent les crimes ?

 

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