La préemption du temps et des espaces

Publié le par HL

« Faites les gestes de la croyance et vous croirez » aurait dit Pascal. Pascal dont les écrits fondamentalement athée, fondamentalement scientifiques sont emballés dans autant de religion qu'il fallait pour les faire accepter par son époque. Merveilleuse dissimulation de l'intelligence sous l'apparence de la bêtise ; art de se faire phasme au milieu des branches ; don de se servir de la bêtise dominante pour faire percer l'intelligence opprimée. Aujourd'hui on peut parler plus librement mais la manipulation insidieuse autour du religieux demeure.

Dans les villages de France, d'Europe peut-être les cloches sonnent toutes les demi-heures. Dans les minarets du monde, le muezzin appelle bruyamment à la prière presqu'aussi souvent. Sonner l'heure a même fait en France l'objet de luttes villageoises entre laics et religieux ; c'était à qui sonnerait la cloche le premier entre le maire et le curé comme symbole de qui occuperait la première place dans le cœur et l'esprit de la population. Acte de préséance autant que sondage de l'époque par les faits d'armes pour mesurer par sa prééminence celle de ses idées. Heureusement la terre ne s'est pas mise à tourner plus vite sur elle-même pour cette folie dans les conflits locaux de croyance !

Le vacarme des villes a gommé les marques sonores des religions dans les villes. Mais la préemption de l'espace sonore par le religieux ne s'arrête pas avec limitations imposées par la concentration de population ou le vacarme de la technologie adolescente, elle est relayée par la préemption de l'espace visuel. Les juifs moins nombreux n'ont pas de cloches ni de clocher dans les villages. Peut-être ils ont été tellement persécutés depuis des millénaires qu'ils se sont rendus discrets.

Peut-être aussi que leurs origines nomades leurs imposaient d'autres modes d'extériorisation de leurs croyances. Ce que certaines religion n'ont pas investi dans le sonore, elles l'on mit dans le visuel fixe : Eglises, mosquées, temples, tous plantés bien en vue, tous d'architecture plus luxueuse les uns que les autres, avec de hauts clochers, de culminants minarets, le tout placé au beau milieu des communautés. Le religieu reproduit le phénomène vitaliste. Il se plante visuellement comme ces plantes qui cherchent à s'imposer sur l'espèce voisine par un peu plus de soleil, une meilleure terre, une croissance plus rapide. Une loi universelle de la nature sans doute qui s'appliquer à tout, y compris aux être humains, à leurs lieux, à leurs dieux, à leurs clergés ou leurs signes de culte.

Cette préemption de l'espace, par les édifices symboliques religieux ne s'arrête pas à cette limite où, ma foi, elle serait acceptable. Elle est relayée, du moins en Europe par l'érection de crucifix à toutes les croisées des chemins vicinaux un peu oubliés, rappelant constamment par ce visuel aux subconscients de la région que le choix de n'importe lequel des chemins sur terre est associé au chemin de la croyance religieuse dominante. Sous ce couvert, elle montre surtout cette préemption de l'espace, que la guerre a fait rage entre les religions d'hier et d'aujourd'hui, pour la conquête des croyances dans les esprits d'autre part. Elle montre que le vainqueur a marqué son territoire comme les vainqueurs primitifs pouvaient manger les vaincus ; comme l'animal marque la nature pour borner son territoire, comme l'homme pollue pour s'approprier la nature (lire Michel Serre).

Ces crucifix traduisent à la fois la préemption des esprits par des croyances que la guerre concurrentielle. Ils ne sont qu'une présentation différente de par des moyens presque identiques que la guerre concurrentielle et commerciale conduisant à imposer à notre vue toutes sortes de panneaux publicitaires et messages commerciaux dans les villes, à la télévisions, sur tous les écrans fenêtres que nous utilisons pour voir les mondes accessibles : réels et virtuels.

Balayée par la puissance de la guerre tout à la fois commerciale, productiviste, informationnelle, économique, et mondiale, le religieux n'a que peu investi les écrans européens, hormis peut-être certaines chaines moyen-orientales. En Europe le religieux s'est rabattu sur les radios en FM, récemment libérées mais déjà un peu délaissées, et ainsi reconquises. Cette nouvelle préemption guerrière retournant au sonore va dans certaines campagnes du massif central bourguignon jusqu'à brouiller les émissions des autres radios et en particulier les émissions de vraie vie, exultant en particulier la libération sexuelle.

Le religieux, pas la croyance en un dieu mais sa mise en œuvre rituelle et symbolique par les religieux de tous ordres, reste, encore aujourd'hui, d'abord un harcèlement insidieux à caractère discriminatoire et totalitaire. Il est un parfait pharmacon puisque prêchant la tolérance et l'amour entre les êtres, il les divise simultanément par des modes d'alimentation, de rythme de vie différences, par des règles d'hygiène alimentaire différents. Il les sépare encore, par la référence à des messies et des croyances en des dieux différents qui, sous couvert d'amour plus ou moins guerrier, crée et éloigne des catégories d'êtres.

Se faisant gardien de la morale, et la rappelant à tout bout de champ ce qui n'est pas un mal, les religions s'égarent dans des péchés capitaux aujourd'hui véniels ou déconnectés, dans un soi-disant péché originel, conduisent aux guerres directes ou terroristes, condamnent allègrement les scientifiques bienfaiteurs de l'humanité, depuis Bruno en passant par Gallilée et en terminant plus récemment par Velikovsky.

Faut-il que les être humains soient faibles et crédules pour s'enticher de dieux. Comment des scientifiques de haut vol peuvent-ils avec la connaissance du cosmos d'aujourd'hui, non seulement croire à de telles fadaises mais en plus participer à l'inquisition scientifico-médiatico-puritaine de la théorie du catrastrophisme dont tous les textes religieux anciens, justement, se font l'echo.

Depuis Feuerbach, en passant par Nietzsche on sait que la notion de dieu n'est que la somme de toute la frustration des hommes et qu'il est mort.

Si la religion n'existait pas il faudrait l'inventer. Effectivement, il faut qu'un ordre d'Amour permette de distinguer le bien et le mal dans un ordre moral. Il faut que cet ordre moral dicte sa loi à toutes les composantes d'un ordre juridico-politique et que l'ordre juridico politique s'impose à l'ordre technico-économique. Faute d'être rentré dans cet ordre hiérarchique des grands ordres, nous nageons en pleine barbarie économique et technologique ; avec en dépit de la longue durée de vie d'excellente qualité de certains, son cortège de malheur malheurs pour les autres. Mais aucune religion n'est nécessaire pour aimer son prochain comme soi même. Il suffit pour cela d'une éducation morale bien organisée par des sages, des saints sur terre et des philosophes ; de reconnaître leur importance racine et de les rendre par là influents. Point n'est besoin de s'inventer des dieux, pas même un seul dieu et encore moins de théocratie obscurantiste, encore moins toutes sortes de fadaises comme le péché, le paradis, l'enfer, les saints, le diable….

Certains, au-delà de toute raison, au plus profond de leurs subconscients ont besoin de croire. Les tréfonds de leurs esprits ont viscéralement besoin d'ensorceler leur vision du monde, de se rassurer par une présence protectrice ; un besoin d'ordre différente mais aussi vital que manger ou de boire. Si tu veux détruire un peuple, commence par détruire ses dieux ! A ceux là il ne faut pas enlever leurs religions car ce serait comme les condamner à une mort identitaire à la fois individuelle et collective. Pour autant on ne peut pas laisser leurs chimères gouverner le plus grand nombre. Il faut donc les cantonner aux églises, les discipliner aux rythmes laïques communs, les brider fermement dans leurs prosélytismes vestimentaires ; dans leur préemption religieuse ambulatoire de l'espace et de la vue. Les révolutions russe et française ont été excessives en éradiquant totalement et brutalement le religieux. Les négociations du 19ième avaient mieux réussi avant que la crise, la fracture sociale et la politique puritaine américaine ne contribuent à déstabiliser le fragile, mais oh combien plus évolué, équilibre français.

Développer et éduquer dans une morale laïque du vivre ensemble, c'est passer des lumières bougies à l'éclairage électrique et une formidable garantie pour la vitesse de progrès par la cohésion sociale et pour le bon usage des formidables technologies futures.

 

 

 

 

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